La notion de « vieille fille » est-elle morte ?

Non, pas tout à fait encore !

En mai, mois gruyère, on a pensé pouvoir se reposer, hein ? Mais non. Sur le coin du buffet, un premier carton d’invit’ doré s’est déjà échoué. Puis 2, puis 3… La valse des annonces de mariage s’engage.  Et plus rapide qu’un battement de cil, la tonitruante réalité nous frappe de plein fouet – parce qu’annoncé glacé sur papier, un mariage est encore officiellement contestable. 

 

La vielle fille s’en va en « mariage »

Lever de rideau sur la saison des mariages, acte I scène I. Le cousin Jean-Baptiste De La « x », jeune homme fringant de 25 ans, auréolé de naissance se marie. Fraîchement introduit dans la grande fratrie des bac+5,  il est le benjamin d’une portée de trois créatures un chouïa lisses, mais trèèèès gentils, oui,oui.

Le bouquet de la mariée

Panorama :

Mairie, église, 200 convives qui se serrent devant le buffet comme une grappe de moules sur un rocher. Excentrée, une petite demoiselle, verre de champagne en main, les talons à demi avalés par la pelouse d’un manoir « tipych province », tente de rester digne. Un labrador en rut lui sniffe le dessous de jupe pendant qu’elle discute philosophie avec une rouquine de 4 ans. Présentation formelle de sa peluche – « bien-sûr, un bisou au doudou ? Avec plaisir, oh oui mon petit chou des bois » – le tout se déroulant sous l’œil méfiant des parents, toujours sobres, eux.

Sur sa tête, un bibi démodé (point trop d’investissement, 5 mariages sont à venir – sigh). Elle le porte fièrement, syndrome princesse, même si les autres le voient plutôt comme un panneau de drive-in  « c’est elle, la célibataire, la tatie qui pique, messieurs-dames, venez écouter sa triste histoire et voir de près son poil-poireau ».

Attention premier test pour un discours depuis longtemps préparé (on pourrait dire depuis près de 10 ans). Chaque occasion permet d’affiner les soucis de grippage, c’est une chance, mais il convient de faire très attention lors de discussion « célibat ». Gêne, incompréhension, lieu commun, et cette fameuse conclusion (qui est sensée faire du bien, d’ailleurs, insistons bien sur ce point) « Mais comment est-ce possible qu’une aussi jolie fille que toi, et i-n-t-e-l-l-i-g-e-n-t-EUH ne trouve personne ? Hein ? ».

Tata Jacqueline, niçoise fardée de vert, brushingée en meringue, est en approche. Elle trottine sur la pelouse,  en lançant des grands « coucou » de bras.

Pour la vieille célibataire – rappel de la couronne bibi clignotante – nul besoin d’entrée en matière.

– « Je lisais l’autre jour un article dans Marie-Claire qui parlait des célibataires comme toi. »

Son bichon, gentiment calé sous son bras, grogne. Elle poursuit après un « ush » au cabot frisottant:

-« Je lisais donc l’autre jour cet article qui parlait des célibataires. Des histoires de vie tristes, des familles déboussolées… Et tu sais quoi, ça m’a fait penser à toi ! Carriériste, esseulée, trop habituée au plateau-repas et à son pyjama matelassé. Hop, déjà 40 ans. Tonton Michel me disait très justement … »

A ce moment précis, il faut regarder au loin, couper le son. Si par chance, 2 ou 3 petites feuilles virevoltent dans les parages, rien de plus formidable que de les regarder tournoyer, doucement. Les explications, le discours de justification, on les ravale. A quoi bon, au final.

Retour à la réalité :

– « Mais comment est-ce possible qu’une aussi jolie fille que toi, et i-n-t-e-l-l-i-g-e-n-t-EUH ne trouve personne ? Hein ? »

La mécanique huileuse est restée intacte jusqu’au bout. Quel finish inattendu Tata ! Vraiment, bravo.

 

 

Cette vieille fille qu’on ne comprend pas

Retour sur cet article avec  quelques extraits de confessions de vieilles filles – soi-disant :

– « Alors pour me protéger, je mets une alliance en public. Ainsi, je cesse d’être une femme seule que les hommes voient comme une proie facile ou une pauvre fille. »

Ou

– « Aujourd’hui, j’ai honte, je ne veux pas être la femme célibataire qui fait pitié, incapable de se trouver un mec. Dans notre société, on a une étiquette de ratée, […] « Elle doit être invivable pour que personne ne veuille d’elle. »

Et la famille de dire :

– « Mais les hommes n’ont pas envie d’aller vers une femme… »

Ou

-« Elle est très fière aussi et elle refuse de baisser la garde… »

Et pour finir par une longue introspection :

– « Avec la thérapie, j’ai appris à être… »

Et oui, problème ! Inconcevable célibat + une femme « forcément » en déperdition = séance de psychanalyse hebdomadaire. Non pas pour apprendre à vivre sereinement mais plutôt pour endiguer ce fléau, pointer du doigt. Pourquoi ?

Réponse partielle dans une étude sur « la nuptialité, évolution récente en France et dans les pays développés » (Thérèse Hibert, Louis Roussel, docteur de 3ème cycle en démographie :

– La situation des femmes célibataires aujourd’hui n’est, certes plus celles des femmes « en marge » […] l’ordre familial s’étant assoupli. Il semble, toutefois, que les contraintes sociales associées à la définition de fortune, de l’identité sexuelle, de la réalisation personnelle interviennent toujours pour engendrer […] des victimes structurales d’une difficile alliance entre le marché du travail et le marché de la vie conjugale.

En  effet, il y aurait plus de célibataires chez les diplômées et les intellectuelles. La nécessité moindre d’avoir un compagnon pour subvenir aux besoins du foyer ? En d’autres mots : carriériste, beurk, bien fait pour elles, fallait pas commencer par demander le droit de vote, MERDE !

En tous les cas, une ombre nauséabonde plane autour de ces jolies proies, célibataires et de sexe féminin. Elles sont où les fameuses célibattantes, là ? Comment faire quand plus de 70% des femmes seules confirment elles-mêmes leur mal de vivre, leur état de souffrance. Cercle vicieux, n’est-ce pas ?

 

Mais non, la vieille fille doit vivre (si ce n’est pour elle, au moins pour les chatons)

Le chat attendant l'adoption

Bien-sûr, les mentalités évoluent. Les regards posés sur les célibataires ne sont pas toujours chargés de préjugés. Il y a ceux qui choisissent de rouler, comme ils peuvent, sur l’autoroute de la vie normale : « néant – études – boulot – mariage  -enfant(s) – accident divorce (phase zébra) – petits-enfants – retraite – croisière sur le Nil – mort – paradis ».  Et les autres. Mais les premiers ont toujours cet irrépressible besoin de voir les seconds remplis du même bonheur qu’eux (pouah !). Cela draine alors quelques visions troubles, finissant même par déteindre sur vous, sur votre « propre vision de vous ». Même si vous n’êtes pas forcément tristes, voire même que vous aimez votre vie d’ailleurs. On finit par douter.

Pourquoi doit-on oublier ça ?

Alors « fuck »,  allons chercher à la SPA ce chaton tout mignon dont on rêve depuis si longtemps mais qu’on se refuse de prendre par peur de passer pour la vielle fille à chats. Pour pas enfoncer le clou quoi, leur donner raison. Mais, attendez le clou de quoi, en fait ?

Ah oui !

« Le bonheur ne vaut que s’il est partagé » – Jon Krakauer

Avec les zamis, la famille, avec… Un chat ? Pas forcément besoin d’être marié(e), na !

 

Cet article barbant vous a été proposé par Coton-piges et il n’est pas dit qu’on n’y reviendra pas pour parler du célibat de l’autre sexe. Les bonhommes.

 

Une réflexion sur « La notion de « vieille fille » est-elle morte ? »

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