Il était une fois un #NoelSansCadeau

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Et c’était pas mal en fait.

D’ordinaire, chaque veille de réveillon, je cours dans les magasins, poussée par la pression sociale (celle-là même qui viendra aussi me torturer au nouvel an) surnageant entre les rayons, transpirante, à la recherche de cadeaux de dernière minute que je n’ai même pas envie d’acheter bien-sûr, mais comme il le faut, bah, je le fais. Et je repars immanquablement avec des brassées de trucs bien inutiles, mal choisis, et je n’ose plus regarder mon compte bancaire pendant les 10 jours qui suivent…

Or cette année, l’histoire devait changer.  Bien que je me sois de nouveau retrouvée dans les magasins le jour J, je n’en suis pas ressortie les bras surchargés parce que j’ai réalisé d’un coup que personne n’attendait de cadeaux de ma part. Comme nous avions prévu de fêter Noël entre amis et que notre célébration païenne devait tourner autour d’un bon repas et de bonnes bouteilles, je n’avais pas du tout besoin d’acheter quoi que soit d’autre.

Pourtant, on note que je m’étais quand même imposé de parcourir les allées des magasins enluminés et chatoyants. Par habitude… C’est con, hein ?

Le matin du réveillon donc, soulagée, « décontrastée », je me permettais de regarder les gens plutôt que de m’escrimer à trouver un objet mignon, pas cher et pas fait en Chine. Je levais le nez des rayons.  Eh dis donc ! ça tirait un peu la gueule chez les commerçants, en fait ! Sauf le caviste qui, lui, était tout content, et les nouveaux vigiles des magasins, sauvés du chômage par les attentats, qui arboraient toujours ce même sourire inexistant, propre au métier. De l’autre côté des caisses enregistreuses, les vendeurs semblaient fidèles à eux-mêmes, aimables, stoïques ni plus ni moins avec peut-être parfois un rhume en plus et un « bon réveillon » scandé de ci de là machinalement pour bien nous rappeler la saison.

En revanche, les clients, en y regardant de plus près, je les trouvais un peu plus mornes, comme désespérés de se retrouver ici, le 24 décembre, communiant tristement tous ensemble devant les étagères à moitié vides (eh oui !) et les étiquettes de prix insensés, Ô Saint Patron de la Consommation. Je leur ressemblais encore hier et je me disais que chacun devait avoir ses raisons d’être barbé en fait : parce que trop attendu pour faire ses achats de Noël, parce que les fins de mois sont dures mais que là, il faut passer outre pour éviter l’étiquette du dernier des troufions radins, discrètement collée dans ton dos entre le fromage et la bûche glacée…

La pression.

Bien-sûr, il y a encore plein d’autres explications. Je me demandais aussi si les attentats du 13 novembre, la COP21, les élections, tout ça n’avait pas quelque part engendré, voire même insufflé, à nos « chers concitoyens », quelques répercussions mentales étranges, des pensées toutes neuves, une autre vision de la consommation…

Bref,  je rêvassais sans doute mais n’empêche, et je le redis, ça ne respirait pas le bonheur dans les allées des magasins ce 24 décembre 2015.

J’avais envie de souffler : ne pourrait-on pas se contenter d’un petit bisou, d’une bonne bouteille pimentée de trois ou quatre anecdotes rigolotes… En clair, des trucs qu’on se distribue d’ordinaire n’importe quel soir de la semaine, sans prise de tête ?

Plaisir d’offrir, plaisir d’offrir… Sous bien d’autres formes qu’un billet de 50, oui c’est possible.

Et en me baladant jusqu’au bout de mon délire de rebelle anarchofantasmée, soudainement, je me suis dit, #psycha-flash* :  » Par contre, comment on se sent en déballant les cadeaux des autres quand, nous, on n’a rien à offrir du tout ? » Eh oui, car à moins que tout le monde soit raccord sur le principe du Noël sans cadeau, fatatra, impensable, retour à la case départ.

Quoi qu’il en soit, avec ou sans cadeau, Noël reste l’occasion de voir ces personnes avec qui l’on se sent connecté, dépassant de loin le lien familial,  mais que l’on ne voit malheureusement jamais ou que très rarement pour les naissances et les décès. Pour cette raison, les fêtes de fin d’année, je l’avoue, c’est bien. Un cadeau de la vie en soi, quand on s’y attarde un peu. On pourrait se contenter de ça et je sais que certains le font déjà.

Je me demande si j’étais totalement dans l’erreur ce matin devant ces tristes mines ou si vraiment nombreux sont ceux qui se sentent oppressés par ce principe « cadeau exigé » qui entraine de la joie oui parfois, mais aussi de la mélancolie, de l’hystérie, une sensation de pauvreté, des précipitations sentimentales en tout genre, intensifiées, condensées, citronnées qui dans certaines familles finissent même par exploser en fin de soirée comme pète un bouchon de champagne soit dans le vide soit dans l’œil d’un des convives.

En toute sincérité,  aucun cadeau sous le sapin de Noël 2015,  cela a donné une soirée très cool, très douce, sans pression, sans dépense folle, avec juste, une jolie nappe rouge et quelques paillettes étoiles sorties pour l’occasion (beaucoup de rire et de danses aussi!). A refaire donc sans modération !

#NoelSansCadeau

*psycha-flash : n.c., masc. sorte d’illumination ou analyse  d’une implacable logique face à une situation donnée de la vie